La jeunesse éternelle


Opinione
Quand l'âge moyen normal de la retraite en Europe est actuellement de 65 ans, (67 ans en Allemagne, 66 ans aux USA) on comprend mal pour quelle raison on manifeste en France contre une reforme qui, selon les circonstances critiques, commence quand même de manière très modeste.

Pour citer directement Le Progrès.fr:
'Il y a en France 16 millions de retraités, soit près d'un quart de la population. Les pensions qui leur sont versées représentent 279 Mds €, soit plus de 14 % du PIB. Elles permettent d'assurer un montant moyen de pension de 1 400 € mensuels. En raison de la forte croissance du nombre de retraités (+ 280,000 par an depuis 2006), les régimes de retraite sont confrontés à des déficits importants. Ce déficit s'élève aujourd'hui à 32 Mds € et on estime que si rien n'est fait, il ira en s'aggravant dans les années à venir (70 Mds € en 2030, 100 Mds € en 2050). Porter l'âge légal de droit commun à 62 ans en 2018, en l'augmentant chaque année de 4 mois à partir de la génération 1951, et augmenter parallèlement de deux ans l'âge d'annulation de la décote est la mesure phare de la réforme. En pratique, les personnes nées en 1950 seront les dernières à pouvoir partir à la retraite à 60 ans. L'âge de la retraite à taux plein devrait être en outre porté à 67 ans, et non plus 65 ans'.

Un argument classique de l'opposition, aussi dans l'espoir de mobiliser les 'jeunes', est qu'en prolongeant l'âge normal de la retraite en France, on va forcément augmenter le chômage de ces derniers en conséquence. Il est difficile d'apprécier la logique de cet argument. Ne peut-on suggérer, par exemple, que dans le domaine de la productivité, l'effet serait l'inverse. Logiquement si on travaille plus, on produit davantage, si on produit davantage on crée davantage d'emplois. La mentalité de l'opposition a toujours semblé limitée dans cet égard. Pour eux tout est une question de partager ce qui existe déjà, comme s'il s'agit d'un vieux gâteau. Comme si la possibilité que quelqu'un soit capable de créer une nouvelle entreprise, inventer un nouveau produit qui réussira, est hors de question.
L'idée mal inspirée des '35 heures' appartient à cette même illogique. Que si on travaille moins, on crée davantage de travail pour les autres, car on partage tous le bon vieux gâteau. D'ailleurs l'expérience pénible a montré non seulement que le contraire était le cas, mais dans les secteurs importants comme ceux de la santé, le résultat a été une pagaille monumentale.
Aujourd'hui on voit que ce même genre de die-hard dogme et populisme persiste, autant inchangeable et périmé que le logo de l'opposition.

C'est aussi une tactique honteuse de présenter sans cesse le 'travail' comme s'il s'agit de l'esclavage. Car tant que l'on peut faire durer le mythe, le scénario de l'exploitation des pauvres travailleurs, victimes des sales capitalistes patrons perpétuant sans vergogne la tyrannie du 19° siècle, (un bel accomplissement pendant une des pires crises économiques jamais enregistrées) les syndicats peuvent continuer à se faire valoir. Comme si personne ne peut jamais aimer ou obtenir une vraie satisfaction de ce qu'il ou qu'elle fait. Comme si la conception d'un vrai challenge, de réussir à réaliser une ambition, ou quelque chose de bien, est aujourd'hui inconcevable, inutile ou impossible.

Il y a des métiers et des vocations, fatigants et dangereux. C'est donc normal que l'âge de la retraite soit maintenu au minimum dans de tels cas, mais il ne devrait pas non plus être une obligation. Il serait stupide et contre-productif, par exemple, qu'un chercheur passionné par son travail, et en train d'aboutir à un résultat important grâce à tous ses efforts, soit obligé, tout d'un coup, de prendre sa retraite en raison de son âge.

A cause de cette crise économique, l'opposition et les syndicats français sont manifestement en manque d'idées et de raison d'être. Sauter sur cette occasion semble bien irréfléchi et irresponsable. D'y entraîner des sans papiers pour augmenter les chiffres des démonstrateurs, essayer d'y entraîner les lycéens, ceux pour lesquels ces reformes sont d'autant nécessaires, est encore plus irresponsable.

On dirait finalement qu'il y a aussi un problème sérieux de morale et de valeurs en France, sinon ailleurs en Europe. Il y a des années, après avoir demandé à une superbe dame d'un certain âge- et bien plus de 65 ans- quel était le secret de sa 'jeunesse éternelle', elle avait répondu sans hésitation, et avec un beau sourire, 'le travail'.
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 Italiano 
               
Text by Mirino. Source- Le Progrès.fr. Images AFP, with thanks. October 2010

3 comments:

Mirino said...

Etant donné que l'on passe la moitié de sa vie, sinon plus, à travailler, autant s'engager à faire quelque chose qui nous plaît. C'est plutôt un devoir personel. Si le travail qu'on a choisi enfin ne nous plaît pas, on prend ses responsabilités et on change de métier. Chercher les boucs-émissaires pour avoir fait un mauvais choix n'arrangera rien. On perd beaucoup de temps à blâmer le monde pour nos propres erreurs et frustrations, et le temps est trop précieux pour gaspiller en manifestant pour des chimères. Si pour la majorité des manifestants français- 'travailler plus est crever plus', ils sont déjà quasi morts, il n'y a aucun espoir pour eux. Car pour eux la retraite, qu'elle soit deux ans de plus ou de moins, ne changera rien. La vérité, si telle est la mentalité, serait alors 'vivre plus est crever plus'..

rob said...

Je suis absolument d'accord avec toi. C'est la même chose en Italie. Les syndicats se préoccupent plus des intérêts et du bien-être des travailleurs que des intérêts des jeunes générations.

Mirino said...

A propos des jeunes générations:
Bien que Madame Royal estime qu'elle a été mal comprise et n'aurait jamais encouragé les 'jeunes' à manifester, il n' y a aucun doute qu'elle les a bel et bien encouragé de manifester, y compris même les mineurs.

Mais ces 'jeunes', ont-ils la faculté de raisonner? Ils sont en train d'étudier pourquoi faire? Pour continuer à suivre bêtement le troupeau pour la plupart de leur vie, ou de réaliser quelque chose de plus originale avec ce cadeau unique et précieux?

Lorsqu'on aime ce que l'on fait on n'a pas le temps de songer à nos retraites. On ne veut que développer ce que l'on fait, ce que l'on a créé, jusqu'au bout, sans être dérangés, utilisés ou influencés par personne.

Il faut aussi se demander où va ce troupeau déjà si préoccupé par sa fin de vie? Car si la retraite, à n'importe quel âge, représente pour eux la période où ils ne travailleront plus, il s'agit bien de la fin de leur vie. Alors peut-être ce troupeau consiste-il de lemmings..