The dormouse




On a calm winter's night
In beechwoods,
It is said-
One can almost hear the snoring
Of a dormouse tucked in bed.

Fast asleep through winter,
Then, if there's any doubt,
One could sleep on until autumn
When the nuts have ripened out.

  *
 
Par une calme nuit d'hiver
Aux forêts des hêtres
L'on disait-
Presque peut-on entendre le ronflement
D'un lérot au lit douillet.

Dormant tout l'hiver
Puis si l'on n'est pas sûr
L'on peut dormir jusqu'à l'automne
Quand les faînes sont enfin mûres.


  *
 
Forse è soprattutto l'età che ci dà l'impressione che gli anni passano troppo veloci, ma i cambiamenti dell'autunno sembrano sottolinearlo ancora più. Col tempo si comincia a volte di ripetersi, ma non importa. 
Credo che io sia fortunato a non aver molta cognizione del tempo, e non è neanche la prima volta che lo ripeto.. 

È probabile che i ghiri ne abbiano ancora meno, visto quanto tempo dormono. Ma io non sono solito capire che il tempo passa troppo in fretta, e questo a causa del fatto che ho sempre progetti, sempre troppo da fare.

Ecco la ragione vera perché sono fortunato.

Uno scultore mi ha invitato a esibire il mio lavoro con lui l'anno prossimo. Alcuni giorni fa ho avuto l'opportunità di vedere la sua opera, quindi sono davvero onorato. È stato prima lui ad avere insistito che io venissi a vederla, perché voleva essere assolutamente certo che io fossi d'accordo con quest'idea di esibire insieme a lui. Aveva ragione. Perché malgrado il suo modo di lavorare col ferro trasformando i vecchi strumenti perché diventino diverse forme poetiche, leggere e favolosamente incantevoli, è evidente che vediamo le cose in modo simile, con sense of humor, poesia e filosofia. Siamo quindi sulla stessa lunghezza d'onda, e per questo le cose che facciamo sono “complementari”. Forse lui lo sapeva già, e voleva essere sicuro che lo ne fossi consapevole anch'io.

Non ha troppo a che fare con i ghiri ma neanche questo importa. Vorrei dire che se sono arrivato all'autunno della mia vita, (con altri amici) è un autunno davvero bellissimo. Ho molto di cui essere riconoscente.

Ho trovato perfino il tempo per imparare da solo un po' d'italiano. Ecco la prova! Oltre a volere apprenderlo, ci deve essere un'altra ragione che magari proprio il tempo mi rivelerà.
Poi ho sempre l'impressione che, malgrado tutto, io continuo a progredire in molti riguardi. Insomma, siamo giovani (un po' irascibili forse), e saremo sempre giovani fino alla fine, qualunque cosa avvenga.
È anche questo pensiero commovente che mi rende contento, che mi fa sorridere, come il ghiro nel letto, prima di spegnere la candela..
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Text and illustration © Mirino (PW). Italian checked out by Rob WRH, with many thanks. November, 2012

Scottish myths 21


The mariner's images

Centuries ago near Loch Resort, in the isle of Lewis, lived a herdsman. He was also an evil robber, quite capable of murder in order to despoil his victims.

Late one September day, after a terrible storm, the herdsman discovered an exhausted sailor. He was apparently a survivor of a shipwreck, lying just clear of the sea in the bay of Uig.
Seeing that the sailor was still clutching a bundle, and assuming that it contained things of value, instead of helping the poor man after all his efforts to survive, the herdsman mercilessly strangled him.

When he opened the bundle he discovered a number of small images intricately carved from walrus ivory and whale's teeth. He had no idea of this, or of anything regarding the images, some of which were stained red. In fact they intimidated him so much into thinking that they were magic charms that would surely punish him for his crime, that he immediately replaced them all in the bundle and buried them in the sand covering the spot with a large stone. He then hid the sailor's body, and ran away like a frightened animal.

The murderous herdsman never forgot those images, so much so that they often haunted him and caused him to suffer from hideous nightmares.

When he was eventually pursued, caught, tried and sentenced to death for another murder, he couldn't restrain himself from confessing to what he had done in the bay of Uig. But he was far more concerned about where he had buried the little images, than where he had hidden the poor sailor's body.
Before he was executed he was convinced that his soul would be redeemed enabling him to at last find peace, on condition that the little images be found. But no one paid any attention to his wild, unintelligible ramblings.


Four hundred years later, in 1831, the little images were finally discovered in a sand bank of Camus Uig. Sixty seven of them are now displayed in the British Museum. Eleven of them can be seen in the Edinburgh Museum of Scotland. They are known as the Lewis Chessmen, and are thought to have been made in Norway by one of the last generations of Vikings in the 12th century.

If there is any truth in the legend, then it would seem that the sailor had his revenge. The final, fatal check-mate that the evil herdsman so well deserved.
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Scottish myths 22
Scottish myths 20

Retelling © Mirino. Sources include Beryl Beare's Scotland myths and Legends, with thanks. Top photograph © Dr Julian Paren (South side of Loch Resort). Lower image- Loch Resort. With thanks. November, 2012

Gaullismes



Le dessin en tête a été fait en 1967, en Angleterre, l'année précédente des célèbres manifestations de mécontentement à Paris, et ailleurs en France, quand les étudiants se joignaient aux ouvriers, et le pays a quasi effleuré une guerre civile. L'illustration donc, malgré ses défauts, est peut-être un peu visionnaire. En tous cas elle est une véritablement pièce de l'époque.
Une époque où Charles de Gaulle était considéré trop anti-américain, trop autoritaire, trop conservateur et même trop hors de touche avec la réalité. En effet il était bien plus préoccupé par les affaires étrangères et militaires que par les affaires intérieures françaises devenues alors assez critiques et préoccupantes.

Mais il n'y a pas de doute que De Gaulle était le grand leader français du moment venu en ce qui concerne la deuxième guerre mondiale. Et non seulement comme l'incitateur à la résistance après l'armistice (soutenu par la conviction du Maréchal Pétain exprimée à Churchill qu'en 'trois semaines, l'Angleterre aura son cou extorqué comme un poulet et qu'un tel plan serait comme une fusion avec un cadavre.' Référence au projet désespéré de fusionner l'Angleterre avec la France pour mieux résister, au lieu de se rendre comme l'avait déjà décidé Pétain).

Bien entendu De Gaulle était totalement contre l'armistice. Plus tard, le 4 juillet 1940, un tribunal militaire à Toulouse l'a condamné in absentia à quatre ans de prison. Un deuxième tribunal militaire le 2 août 1940 a condamné De Gaulle carrément à mort pour trahison contre le régime de Vichy.

Charles de Gaulle savait aussi par son expérience militaire lors de la première guerre mondiale qu'une attaque efficace était déterminée par l'utilisation de chars blindés. Il l'avait d'ailleurs démontré en tant que Colonel d'un régiment de 200 chars à Montcornet obligeant l'infanterie allemande à se retirer à Caumont. Mais de telles réussites sans soutien aérien étaient bien rares, et de toute manière à l'époque, les opinions militaires de Charles n'eurent pas assez de poids vis à vis de ses supérieurs. 

Si Charles de Gaulle avait été moins anglophobe, peut-être les accords de Yalta auraient été plus nuancés, assumant qu'un De Gaulle plus 'diplomate' aurait été donc invité à y participer. En effet il exagérait cette tendance outre mesure. On dit même qu'il soupçonnait l'Angleterre de vouloir s'emparer des colonies françaises.

Churchill était souvent frustré par l'arrogance et 'l'égocentrisme patriotique' de Charles de Gaulle, bien qu'il la justifie dans ses mémoires : 'He felt it was essential to his position before the French people that he should maintain a proud and haughty demeanour towards "perfidious Albion", although in exile, dependant upon our protection and dwelling in our midst. He had to be rude to the British to prove to French eyes that he was not a British puppet. He certainly carried out this policy with perseverance.'

Sa femme, Clementine Churchill avait de l'admiration pour de Gaulle, mais une fois elle l'avait averti: 'Général, vous ne devez pas détester vos amis plus que vous ne détester vos ennemis.'
Une célèbre déclaration de De Gaulle était justement :  'La France n'a pas d'amis, uniquement des intérêts.'

Eisenhower lui-aussi estimait De Gaulle. Il était impressionné par la combativité des unités des Forces Françaises Libres.
En somme Charles de Gaulle a fait en sorte que la France ne perde pas l'espoir, qu'elle lève la tête, et qu'elle s'unifie à un moment ultra-critique de son histoire.

Mais alors il y a eu la guerre d'Algérie, dont Mitterand, alors ministre de l'Intérieur, a été lui aussi responsable pour l'envoi des premiers paras en Novembre 1954 (après la dite 'Toussaint rouge').

Très récemment j'ai reçu un commentaire intéressant à propos des harkis. C'était envoyé par quelqu'un peut-être connu déjà par les media, si j'ai bien compris. Un homme qui avait eu le courage, l'audace et la détermination de menacer sans façon les autorités françaises pour qu'ils fassent leur devoir en défaisant une espèce de camp de concentration érigé pour accueillir les harkis en France. Ceci avec le minimum d'égard de confort et d'hygiène. Une façon bien curieuse de les remercier pour leur engagement courageux et bien coûteux aux côtés des français défendant la cause et les intérêts de la France en Algérie.
C'est en fait ce commentaire qui m'a décidé d'écrire cet article.

D'aller trop en détail à l'égard de l'histoire de Charles de Gaulle, et certainement de cette guerre d'Algérie si traumatisante, rendrait cet article beaucoup trop long, mais l'exécution militaire de Jean-Marie Bastien Thiry, malgré ses décorations et son héroïsme, l'11 mars, 1963 mérite quand même une mention.
Selon Le Nouveau Candide, tout en soulignant la nécessité de lui avoir accordé la grâce, a ajouté ces dernier mots : Il y a des morts qu'il faut qu'on tue : malgré son assurance et sa superbe, de Gaulle doit craindre de ne pas être assez fort pour tuer ce cadavre là.

C'est toujours facile de critiquer rétrospectivement. En fait une guerre quasi civile avait déjà éclatée en Algérie avant que la France se soit engagée militairement. A ce moment là on aurait dit que la France n'avait pas de choix, et pourtant..

Si Charles de Gaulle avait été aussi visionnaire que certains faits historiques semblent avoir déjà démontré, il aurait compris à temps qu'un engagement militaire en Algérie de la part de la France rendrait la situation bien pire qu'elle n'était déjà.
Mais la menace française d'un engagement militaire, n'aurait-elle pas pu être mieux utilisée, mieux exploitée?

Avec cette menace, tout en négociant l'indépendance éventuelle de l'Algérie, peut-être les entreprises françaises dont beaucoup d'Algériens dépendaient alors, auraient pu continuer à fonctionner en Algérie. Peut-être les 'pieds-noirs' si bien établis depuis au moins trois générations, auraient pu continuer à vivre chez-eux en paix et en bonne harmonie avec les algériens, comme a toujours été le cas d'ailleurs. Et bien entendu les harkis n'auraient jamais ressenti, le besoin de se battre eux aussi pour ce dont manifestement ils croyaient à cette époque.

La cicatrice de cette guerre d'Algérie est toujours ouverte. Les apologies lamentables et honteuses de F. Hollande à l'égard du colonialisme, ne la rend que plus infecte.
On peut continuer indéfiniment à glorifier Charles de Gaulle, mais point pour l'histoire d'Algérie. Et même aujourd'hui il y a trop de gens, français, algériens, pieds-noirs et harkis qui en veulent et en voudront toujours à De Gaulle pour sa volte-face quasi désinvolte et assez indigne, et son manque  d'inquiétude à l'égard de ceux qui se sont engagés pour la cause de la France (et dans leurs yeux aussi pour celle de l'Algérie) dont la plupart a été laissée derrière pour subir, eux ainsi que leurs familles, les atrocités du FLN après le départ de l'armée française.

Tandis que le relativement peu de harkis accueillis en France, étaient très mal reçus, comme s'ils représentaient la honte, un rappel constant d'une grave erreur de jugement, ou d'un manque d'appréciation et d'anticipation.

Charles de Gaulle disait d'ailleurs- 'Après moi, le chaos.' en ce qui concernait l'Algérie il n'avait pas tort.

Ce n'est pas le chauvinisme qui me persuade, en toute objectivité, que malgré la grandeur indiscutable de Charles de Gaule, surtout lors de la deuxième guerre mondiale, Winston Churchill valait encore mieux. La raison est évidente. Si Chamberlain avait toujours été le PM de la Grande Bretagne lors de cette guerre de consequences terriblement fatales, c'est fort possible que Pétain aurait visé juste, et que l'Angleterre aurait elle-aussi subi une défaite cuisante. Evidemment dans un tel cas le moment de Charles de Gaulle ne serait jamais alors arrivé. Par conséquence il aurait été obligé de quémander le refuge des américains, qu'il détestait encore plus que les anglais.

Grâce à Churchill donc, Charles de Gaulle a pu être l'homme du moment que la France avait tant besoin pour retrouver et réconsolider de nouveau son identité, son unité, ses valeurs, et sa gloire.

Les discours superbes de Winston Churchill resonnent encore dans nos esprits et nous émeuvent toujours - 'We shall defend our island, whatever the cost may be, we shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills; we shall never surrender.'

Mais après la guerre la Grande Bretagne n'avait plus besoin de Churchill. Et il n'avait plus rien à prouver de toute façon. N'est-il pas aussi le destin épique de ceux qui tuent le monstre, qu'ils doivent eux aussi 'mourir' ?
Mais manifestement il semble que Charles de Gaulle avait toujours des choses à prouver. Et on pourrait se demander si, à la fin, il avait réussi à le faire.
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Text and coloured drawing © Mirino (PW). Sources include Wikipedia (in English). 
With thanks. November, 2012

The vision



Unable to sleep, I peered through the latticed window of my small rented room across the fields and hedgerows. They were blanketed in mist beneath a luminous, pre-dawn, spring sky.
I quickly dressed and silently left the inn to walk and breathe the early morning air.

It was enchanting. Wandering aimlessly in the surrounding countryside, listening to the birds' early melodies, and the sound of the dew soaked grass whipping at my shoes as I strolled. There was a whispering stream with moss covered banks. And then there was the lake.

I can remember the lake as perfectly as if it were yesterday. The surrounding alders and willows. The changing reflections, the incredible calm.

Perhaps I was half asleep, but could this really be a dream, or could one's subconscious conjure up such detailed and refined beauty?

Reeds brushed softly against each other, hissing as fish wended their way between them in the depths. The cry of a moor-hen echoed eerily across the calm surface of the water.
Entranced I followed the sound, gazing across the lake. Mesmerised by the soft mists weaving their enchantment, my attention was irresistibly drawn to a certain point between some trees.

There was a strange light and it seemed as if the swirling mists were unveiling the silhouette of a human form.
I held my breath, and dared not move or even blink, sensing that this would erase the vision, if it were so.

Gradually unveiled by the mist, there appeared before me the image of a woman. A gracious and fragile young woman of a strange, ethereal beauty. Her long hair floating, she bathed soundlessly, softly smiling within her translucent world.

Although transfixed where time no longer exists, the gradual return to consciousness, and what I took to be reality, was of my own doing. For I felt unworthy of the privilege of beholding such a vision of innocent beauty. I closed my eyes, wiped away what seemed to be tears of emotion, and looked down. When I finally raised my head to look once more across the lake, I already knew she would no longer be there. The soft shroud of mist had returned.

I felt great wonder, and then sorrow, a strange loneliness, longing and regret.
I remember little else. Perhaps I wandered aimlessly, entranced. Perhaps it really was a curious and beautiful dream, and that as I slept angels smiled as they carried me away to wherever reality still exists.
And yet how is it possible that I eventually found myself, fully clothed, my shoes wet from the morning dew, sitting on my bed in a state of dazed bewilderment?

Later I discovered that there is no such lake in the region where I had stayed. This only increased my confusion, melancholy and nostalgia. Sometimes dreams would haunt and torment me. Images of mockery and delusion. They would taunt me relentlessly as I groped through cold, impenetrable mists, vainly searching for an illusion like a blind, exigent child.
But then I was a child.
For whatever it had been, this unforgettable vision was indeed a fabulous gift. And I was too young then to understand.

I am an old man.
Although I have had the chance to taste the bitterness of defeat, my life has been good. Some projects have failed, but those closer to my heart have been achieved as desired. I have seen man's greatness. More often I have seen his weakness and folly, certainly in myself. And finally I have learnt enough to reach the conclusion that I know nothing.
Yet perhaps I have learnt the meaning of love. If this be so, then time smiles on me now as I await what has to be.
 
*

The sun is rising sending flashes between the golden reeds. The branches of the alders gently sway, caressed by the breeze. Across the lake the cry of the moor-hen is heard.
And the soft mists begin once more to weave their enchantment...
1975
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C'était une aube lumineuse de printemps.
Ne trouvant plus le sommeil, j'avais quitté l'auberge pour prendre l'air et me promener dans la campagne bleuie par les brumes matinales. 
J'ai trouvé un ruisseau caché courant par là, entre ses rives mousseuses, et en suivant sa course vagabonde, je parvins aux abords d'un lac.

Comme si c'était hier, je me souviens de chaque détail; chaque aulne, chaque saule, les reflets moirés de l'aube sur le lac, la surface de l'eau à peine troublée par des poissons paresseux nageant dans les profondeurs entre les roseaux submergés. Puis il y avait le cri d'une poule d'eau se répercutant à travers la calme surface de l'eau.

Enchanté, j'ai suivi ce son contemplant les vapeurs légères, fasciné par leurs mouvements qui, à un certain moment semblaient s'éclaircir pour révéler une silhouette, une forme humaine. Mon attention devint plus aiguë et je n'osai plus  remuer, cligner des yeux, et même respirer, de peur que cette vision, si ç'en était une, ne s'efface.

Une femme. Le corps frêle et gracieux d'une jeune femme, comme jamais je n'en ai vue, se baignait en silence, lissant ses longs cheveux sur ses épaules, au cœur de cette aube magique. Elle souriait à peine dans son monde éthéré et paisible.

J'étais figé, hors du temps, mais le retour progressif à un état de quasi conscience, et ce que j'ai cru être la réalité, était quand même auto-déterminé. Car je me suis senti indigne de ce privilège de voir une telle vision de beauté innocente et éphémère. Je regarda donc ailleurs, la poitrine battante, et sans trop le savoir l'émotion emplissait mes yeux de larmes.

Quand finalement j'ai soulevé ma tête pour regarder une dernière fois, je savais déjà qu'elle n'y serait plus. Il y avait seulement le doux linceul de brume.

J'ai ressenti un grand émerveillement, puis une tristesse, une solitude étrange, un désir inassouvi et un regret.
Je me rappelle peu d'autre. Peut-être j'ai erré sans but, hébété. C'est vrai peut-être qu'il s'agissait d'un rêve, un songe curieux et beau, et pendant que j'ai dormi des anges ont souri en m'emportant là où la réalité existe toujours.

Mais alors comment est-il possible que je me sois par la suite trouvé entièrement vêtu, mes chaussures humides de la rosée matinale, assis sur mon lit dans un état abasourdi de confusion complète?

Plus tard j'ai découvert qu'il n'y avait pas un tel lac dans la région où j'étais hébergé. Ceci n'a qu'augmenté ma confusion, mélancolie et nostalgie. Parfois des rêves me hanteraient et me tourmenteraient. Images de moquerie et d'illusion. Elles me railleraient implacablement pendant que je cherchais à tâtons par les brumes froides et impénétrables, vainement recherchant une fantaisie comme un enfant exigent et aveugle.

Mais alors j'étais un enfant.
Car quoi qu'elle eût été, cette vision inoubliable répresentait en effet un cadeau fabuleux. Et j'étais trop jeune alors pour le comprendre.

Je suis un vieil homme.
Bien que j'aie eu la chance de goûter l'amertume de la défaite, ma vie a été bonne. Quelques projets ont échoué, mais tout ceux plus près de mon cœur ont été réalisés comme souhaité. J'ai vu la grandeur de l'homme. Plus souvent j'ai vu sa faiblesse et sa folie, certainement en ce qui me regarde. Et finalement j'ai appris assez pour en tirer la conclusion que je n'en sais rien.
Mais peut-être ai-je appris ce que c'est que l'amour. Et si c'est ainsi, alors le temps me sourit maintenant que j'attends ce qui doit être... 
 
*
 
Le soleil se lève envoyant ses éclairs entre les roseaux d'or. Les branches des aulnes balancent doucement, caressés par la brise. A travers le lac le cri de la poule d'eau est entendu.
Et les brumes douces commencent une fois de plus à tisser leur enchantement...
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Text and illustration (The love nymph) © Mirino (PW) October, 2012

Oscar Wilde. On Individualism


'It is always with the best intentions that the worst work is done'

On a déjà traité de The Soul of Man under Socialisme, mais non pas directement au sujet de l'individualisme.
Bien évidemment il y a l'ironie paradoxale si célèbre d'Oscar Wilde qui émane aussi de cet essai, mais la conjecture avancée par l'écrivain que l'individualisme pourrait éventuellement (voire inévitablement) être le produit du socialisme, semble être plutôt de la rêverie utopique que de l'ironie de sa part, même si par l'ordre irrévocable des choses, c'est invariablement (et ironiquement) vrai. 

N'oublions pas que Wilde vivait pendant la tyrannie de la Révolution Industrielle, bien avant que les syndicats n'aient eu un poids véritable. Le climat social, l'énorme division des classes, et le quasi esclavage y compris l'exploitation des enfants de cette époque, sont très bien décrits par les écrivains comme Charles Dickens (1812-1870) et Victor Hugo (1802-1885).
Oscar Wilde aurait donc été tenté de croire alors dans ce nouveau socialisme voire communisme, bien qu'on ait l'impression qu'il n'était pas entièrement convaincu, qu'il était assez visionnaire, que déjà alors il y voyait les nuages des illusions, de la tromperie et des contradictions qui se formaient à l'horizon lointain.

Ceci est évident par ses opinions et ses observations qui vont carrément à l'encontre de l'idéologie que même aujourd'hui on se borne à perpétuer. Mais ce serait tout à fait normal que Wilde soit tenté alors à y croire, comme il était aussi sans doute convaincu que la Révolution Française fut parfaitement justifiée, sans trop vouloir entrer dans les détails. Cette conviction est déjà assez manifeste dans cette phrase de son essai : 'To the thinker, the most tragic fact in the whole of the French Revolution is not that Marie Antoinette was killed for being a queen, but that the starved peasant of the Vendée voluntarily went out to die for the hideous cause of feudalism.' 

L'ironie, bien évidemment c'est qu'une idéologie qui prône l'égalitarisme si cher aux 'prolétariats révolutionnaires' ne peut jamais encourager donc déterminer l'individualisme. L'individualisme est incompatible avec l'idéologie pure et dure socialo-communiste. Lorsqu'il s'avère plus évident que jamais, même pour les intransigeants, que le socialisme ne peut que conduire à une sorte de médiocrité régressive, triste, conforme et contre-nature, c'est inéluctable qu'il y aura une renaissance d'appréciation pour l'individuel. Celui ou celle qui historiquement inspire toujours la confiance. L'exemple digne de ses aspirations, sa capacité voire son génie, son intégrité et sa volonté. L'expression même d'humanité à son plus haut niveau. Et évidemment ceci, cette qualité humaine, n'a rien, et n'aura jamais rien à voir avec aucune forme de politique ou d'idéologie quelle qu'elles soient.

D'ailleurs la plus grande partie de cet essai exalte l'individualisme et condamne le conformisme, (et même l'altruisme, considéré par l'écrivain indigne).

Alors que les socialistes français veulent se donner l'air d'être de grands et nobles rectificateurs des maux de l'histoire, comme celui de l'esclavage, par exemple, les faits historiques semblent aussi leur rirent au nez. Comme Wilde lui-même faisait aussi remarquer dans cet essai :
'(...) Slavery was put down in America, not in consequence of any action on the part of the slaves, or even any express desire on their part that they should be free. It was put down entirely through the grossly illegal conduct of certain agitators in Boston and elsewhere, who were not slaves themselves, nor owners of slaves, nor had anything to do with the question really. It was, undoubtedly, the Abolitionists who set the torch alight, who began the whole thing. And it is curious to note that from the slaves themselves they received, not merely very little assistance, but hardly any sympathy even; and when at the close of the war the slaves found themselves free, found themselves indeed so absolutely free that they were free to starve, many of them bitterly regretted the new state of things.(...)'

L'hypocrisie c'est que de tels esprits tartuffes continuent sans aucun complexe de culpabilité, de conscience ou de scrupules à faire des affaires avec ceux qui perpétuent l'esclavage même aujourd'hui. Un esclavage caché et insidieux qui pourrait être considéré même pire dans certains égards que celui pratiqué ouvertement aux Etats Unis avant la guerre civile de 1861-65.

(Il est aussi à noter que dans leur élan de rectifier de tels maux du passé, comme celui perpétré même par les autorités françaises- l'événement du 19 octobre, 1961, ils semblent oublier de manière grossière les maux bien plus importants perpétrés par ceux devant lesquels ils se mettent à genou si humblement et honteusement aujourd'hui.
Malgré le cessez-le-feu avec l'Algérie le 19 mars, 1962, à 12h, suivant la signature des accords d'Evian la veille, et après huit ans de guerre, quasi 100,000 harkis et membres de leurs familles furent massacrés, et plusieurs centaines de soldats français furent tués ou blessés par la suite. En outre l'historien Jean-Jacques Jordi affirme que 1253 européens ont disparu entre le 19 mars et le 31 décembre, 1962. L'Algérie n'a jamais reconnu de telles exactions commises par le FLN.
Personne cependant de l'illustre gouvernement socialiste français n'en demande aucun compte-rendu ni aucune apologie de la part des autorités ou des concernés algériens).

Mais pour retourner à l'essai de Wilde. Il a aussi fait cette observation en ce qui concerne la richesse :
'(...) There is only one class in the community that thinks more about money than the rich, and that is the poor. The poor can think about nothing else. That is the misery of being poor. What Jesus has to say, is that man reaches his perfection, not through what he has, or even through what he does, but entirely through what he is. (...)'

Peut-être la forme de socialisme imaginaire de Wilde faisait partie de son propre rêve utopique, parce que si l'individualisme en est même le produit, ce serait à condition- et revoilà l'ironie- que toutes formes et systèmes de gouvernement soient totalement abandonnés y compris celle de la démocratie...
'(...) He who would be free", says a fine thinker, "must not conform." And authority, by bribing people to conform, produces a very gross kind of over-fed barbarism amongst us. (...)'

En fait Oscar Wilde l'admet lui-même en ajoutant plus loin : '(...) Is this Utopian? A map of the world that does not not include Utopia is not worth even glancing at, for it leaves out the one country at which Humanity is always landing. And when Humanity lands there, it looks out, and seeing a better country, sets sail. Progress is the realisation of Utopias. (...)'

L'individualisme le plus évident est celui qui determine l'art même. '(...) Indeed, the moment that an artist takes notice of what other people want, and tries to supply the demand, he ceases to be an artist. (...) He has no further claim to be considered as an artist. Art is the most intense mood of Individualism that the world has known. (...)'

Selon Wilde donc, s'il y a de très bonne poésie anglaise, c'est parce que le public ne la lit pas.. Par conséquence elle n'est pas sujet et ne souffre pas de l'influence publique.
La communauté, corrompue par l'autorité, est donc incapable d'apprécier ou de comprendre l'Individualisme. '(...) In a word, it comes from that monstrous and ignorant thing that is called Public Opinion, which, bad and well-meaning as it is when it tries to control action, is infamous and of evil meaning when it tries to control Thought or Art. (...)'

Dans cet essai il fait aussi allusion à la Renaissance : '(...) One might point out how the Renaissance was great, because it sought to solve no social problem, and busied itself not about such things, but suffered the individual to develop freely, beautifully, and naturally, and so had great and individual artists, and great and individual men. (...)'

Puis à propos d'égoïsme, très applicable bien entendu à nos jours : '(...) Selfishness is not living as one wishes to live, it is asking others to live as one wishes to live. And unselfishness is letting other people's lives alone, not interfering with them. Selfishness always aims at creating around it an absolute uniformity of type. Unselfishness recognises infinite variety of type as a delightful thing, accepts it, acquiesces in it, enjoys it. It is not selfish to think for oneself. A man who does not think for himself does not think at all. (...)'

Considérons encore la période industrielle du 19° dans laquelle Oscar Wilde vivait. Considérons aussi la situation géopolitique de son époque. Puis comparons ses opinions et ses convictions avec celles de certains idéologues d'aujourd'hui, comme celles par exemple dont j'ai déjà fait référence. Puis considérons le sens des mots comme égalitarisme, individualisme, régression et évolution.


Oscar Wilde, Prince de l'Individualisme, est un exemple brillant d'une victime des conformistes, des hypocrites, des bigots et des ignorants qui malheureusement font toujours partie inhérente du monde.
Mais on continue toujours à apprécier l'œuvre de Wilde, son art, sa sagesse et son grand esprit, tandis que ses pauvres persécuteurs sont tous tombés lamentablement (abysmally) dans les bas fonds des oubliettes.
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Oscar Wilde. The Artist

Text © Mirino (PW). Portrait of Oscar Wilde by Toulouse Lautrec. Extracts from Collins' Complete Works of Oscar Wilde, with thanks. October, 2012

Senseless sonnet


  

You're not alone when you are still with me;
Oh Christ! that one could have some privacy!
Since you were thou and I was therefore thee;
Since I was you, I couldn't have been me.
Travested thus within this curvèd vault
Though deeply distant, pleasant for us both;
Senseless with flames of joy, no sense of fault
And absent like a candle crazèd moth.

Give me your socks and put my garments on!
Devise some means by how we can this disguise!
So much is mine that would be yours anon,
That taking what is yours as mine I must advise.
You do beguile me! O that he should flee
From himself to you, or from herself to me!
 
*

With apologies to Michael Drayton 1563-1631
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Parody and image modification, transposition © Mirino. 
(Top portrait of Michael Drayton by unknown artist). October, 2012